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Les gros achats

femme course

Autant l’achat d’un canapé est une affaire simple, étroitement liée à votre subjectivité, à vos ressources du moment et pour lequel les Ikea et autres grandes surfaces proposent des solutions bon marché et pas moches ; autant, lorsqu’il s’agit d’un réfrigérateur, d’une chaîne hi-fi ou d’une voiture, vous êtes consciente de la gravité du moment. D’abord parce que l’objet est utilitaire et animé. Donc il vous jouera forcément un sale tour. Ensuite parce que les différences de prix ne se justifient pas toujours. Enfin parce que vous n’avez pas de temps à perdre en réflexions mécaniques.

Stupide de se croire suffisamment avisée pour faire le meilleur achat sans consultation préalable. Idiot de choisir un véhicule parce qu’il est propre et rouge. Débile de compter sur la chance et de croiser les doigts en priant pour que tout aille bien. Reste que les gros achats se font plus facilement à deux. Que si les objets se dérobent et résistent, il est toujours plus facile d’incriminer l’autre. Et que ces décisions sont lourdes à prendre quand on ne les partage pas.

Bilan. Il existe des revues de défense des consommateurs. Des magasins qui se plient à des essais comparatifs. Des sociétés qui se livrent à des expertises de véhicules d’occasion. Des initiés passionnés et prêts à vous guider.

Conseils. Utiliser les structures existantes pour se laisser berner le moins possible. Solliciter les conseils avisés, gratuits ou payants des amis ou spécialistes professionnels. Ne pas se considérer comme une décisionnaire avertie si on ne l’est pas.

Céder à la folie et au caprice si on est en mal de remède, sans se leurrer. La chance existe, mais pas à tous les coups. Associez donc le maximum de gens, de manière à pouvoir ensuite partager avec eux les tracas de vos gros achats. Responsabilisez les conseilleurs, sans pour autant leur demander ensuite de partager les charges financières résultant de leur égarement au moment du choix. Répartissez entre plusieurs interlocuteurs le poid de la culpabilité qu’aurait dû assumer le compagnon que vous auriez eu si vous n’aviez pas été femme seule.

Laissez-vous séduire par l’objet de vos convoitises, et considerez simplement qu’il en va des objets comme des gens : on peut se tromper. Est-ce si grave ?

Le compte en banque

femme trader

La question n’est pas d’être homme ou femme pour les choses de l’argent. Il y a ceux et celles qui aiment et qui savent, et la cohorte des autres. Parmi ces invalides, il y a des femmes. Qui vivent seules, parfois.

Il n’existe donc pas à proprement parler une spécificité, par rapport au reste de la population, de la population féminine non gâteuse vivant seule en termes d’intelligence financière et de gestion correcte.

Le minimum est de tenir son carnet de chèques à jour, mais on le fait assez spontanément quand on a des inquiétudes financières. De pointer, tous les mois, le relevé en vérifiant sur les talons de chèque que les montants sont bien les mêmes. Quand on vit seule, on vit plus cher. Il faudrait donc réussir à mettre quelques sous de côté pour les vacances, impôts, déménagements éventuels. Une petite marge. Parce qu’il est vrai aussi que, si on vit seule, c’est que l’on ne peut compter sur personne…

On peut Sicaver pour contribuer à l’amélioration de l’économie française, tout en diminuant quelque peu ses impôts et en réalisant des économies forcées.

On peut boursicoter. Depuis l’ouverture du second marché, c’est facile. Il suffit de lire le journal tous les jours et de suivre les cotations. Possible et excitant, quand on travaille dans le domaine financier ou quand on a des creux et des temps morts professionnels. Facile quand on est entourée de connaisseurs ou en cherchant une idée sur un site de conseils financiers pour devenir trader par exemple. Autrement, il reste le chargé d’investissements de votre banque préférée. Celle où vous n’avez, bien entendu, jamais eu de découvert.

Le découvert… A moins de disposer d’une fortune personnelle ou d’être l’héritière d’une grande famille, il revient comme une antienne dans toutes les conversations et dans toutes les vies. Le découvert ne doit pas faire peur. Il se négocie. Toutes les entreprises fonctionnent sur le mode du crédit. L’essentiel est d’être en mesure de le rembourser et de débourser les agios qui vous seront facturés.

Finissons-en une bonne fois avec la maxime qui fleurit dans la bouche des autres : « L’argent ne fait pas le bonheur. » OK : il y a des gens très riches et très malheureux. Au cinéma et dans les romans, il y a des gens très pauvres et très heureux. Dans la vie, on a besoin d’un minimum pour payer le loyer, manger, s’habiller et s’offrir un peu de superflu de temps à autre. On en a psychologiquement d’autant plus besoin quand on est seule et pas accablée par un emploi du temps d’enfer. Discours élitiste ? Non : réaliste. Assassinons cette autre profession de foi, généralement proférée par ceux et celles qui ont largement les moyens de subsister : « L’argent ? Mais ce n’est

pas un problème… » Il est vrai qu’on s’en sort toujours. Plus ou moins bien. Il est vrai que les billets de banque ne sont pas l’emblème de la liberté. Il est vrai, encore, qu’on a peur d’en manquer quand on a peur de la vie. Cela ne change rien au fait qu’il en faut et que, si on ne peut pas ou ne sait pas « vivre d’amour et d’eau fraîche », on aime bien pouvoir inviter des amis, faire des petits cadeaux, s’acheter des livres, etc. Sans devenir un objectif de vie (et encore, pourquoi pas ? II y a tellement de gens qui vivent dans cette perspective que cela doit bien fonctionner comme moteur), l’argent est donc un facteur de vie que vous devez apprendre à gérer. Comme le reste. Il fait partie de ces réalités qu’on ne peut ignorer. Il faut en gagner, en mettre un peu de côté et en dépenser.

Le mythe du bas de laine est mort de sa belle mort. Toutes les initiatives gouvernementales vous associent étroitement à l’économie nationale. En plaçant, vous capitalisez sur le développement de votre pays et de votre style de vie. Mais vous n’y connaissez pas grand-chose. Alors, prise en charge, une fois de plus. Un rendez-vous avec le banquier. Une consultation avec votre beau-frère ou votre patron. Les conseils d’une copine initiée. Il faut faire confiance à ceux et celles qui s’y connaissent. Et faire bénéficer votre entourage de vos connaissances.

La dépendance économique vis-à-vis d’un homme est rendue obligatoire lors de certains épisodes de la vie. Lorsqu’on vit seule, elle est tout simplement hors de question. Lorsqu’on ne vit pas seule, il ne faut jamais perdre de vue que c’est une éventualité. Incontournable, encore une fois. Les femmes- fleurs font d’énormes concessions et compromis. Et le jour où elles se fanent ? ? ?

Achetez-vous des bouquins. Lisez les pages économiques de la presse. Ne vous désintéressez pas du soutien matérialiste de votre existence. On ne peut, hélas, plus baba-cooliser en !98?. Quoi qu’il arrive, il faut être prête à envisager les crises et les mauvais moments.

Ça peut commencer tout petit : arrêtez de fumer et achetez- vous une grosse tirelire dans laquelle vous verserez tous les jours l’argent du paquet économisé.

Gérer son argent, c’est aussi une manière de prendre des risques. De devenir adulte et responsable. Même si tout cela ne se termine pas forcément sur un matelas de billets.

Il y a des gens dont c’est le métier. Si tout cela vous échappe, il faut aller les voir et leur demander conseil. On peut habiter toute seule. On ne peut pas vivre comme si on était seule au monde. Qui vous le demande, d’ailleurs ?

Le grand chambardement

demenageur

Déménager, repeindre, arracher le papier peint, poser une moquette, installer une bibliothèque, abattre une cloison. Quand on a beaucoup d’argent, les entreprises pullulent. Il suffit, alors, de s’arranger pour ne pas trop se faire rouler. Quand on en a moins : SOS-copains. Il faut un tempérament de politicien plein à la fois d’autoritarisme et de fragilité pour convaincre les foules que vous avez besoin d’elles. Prévoir son affaire un mois à l’avance. Relancer deux semaines avant. C’est une tactique de relations publiques. Vous envoyez d’abord l’invitation. En expliquant : « Non, non, pas dimanche prochain, dans un mois. » Vous avez déjà apaisé et déculpabilisé ceux qui n’ont aucune envie de venir vous donner un coup de main. Le premier stade est la convocation.

Deuxième point : la location de matériel. S’il ne s’agit que de décoller du papier, la location de la décolleuse semble s’imposer. S’il s’agit de déménager d’une maison à une autre, la camionnette paraît plus nécessaire que la décolleuse. A priori.

Troisième épreuve : s’assurer que les recrues ne sécheront pas le jour dit. A cet effet, prévoir un buffet généreusement arrosé. S’arranger pour inviter à peindre la cuisine Ginette, que Mario n’a pas revue depuis dix ans.

Quatrième et dernier point : et si personne ne vient ? Franchement, vous allez continuer comme ça longtemps, dans le pessimisme ? Si personne ne vient, c’est que vous êtes une em… qui n’a pas su y faire, et que vous ne méritez pas de vivre seule. Si personne ne vient, vous achetez votre manuel de bricolage et vous vous débrouillez. Comme une grande.

La panne à la maison

bricoleur

Les plombs ont sauté, la chasse d’eau fuit, la baignoire refuse obstinément de se vider.

Pour les plombs, vous serez surprise la première fois, mais le changement est si facile que vous vous sentirez reine du bricolage par la suite. Pour la chasse d’eau qui glougloute sans répit et la baignoire bouchée, c’est une autre affaire. Vous commencez par le mépris. Dans un deuxième temps, vous surmontez votre horreur des travaux manuels et vous tentez de sortir le paquet de cheveux qui a dû se coincer. Manque de bol, il est descendu. Vous êtes en nage. Soude caustique ! Vous devez en avoir dans votre placard ménager. Il paraît que ça ronge la tuyauterie, mais en attendant ça débouche… Si ça ne débouche pas, votre cas est grave. Vous vous imaginez, enfilant un gant de caoutchouc ou appliquant une ventouse et pompant telle une Shadokette ? Non? Eh bien, ma petite, il va falloir vous y mettre. C’est beaucoup plus simple que la mécanique, et assez satisfaisant, tout compte fait. Comment s’y prendre quand on n’y connaît rien ?

SOS-copains

Ou de l’intérêt des bonnes relations avec les maris des copines, rompus à ce genre de dépannages. Passez par la copine, qui comprendra tout à fait votre désarroi et vous prêtera bien volontiers son Bibi adoré. Il n’osera pas se dérober, sauf si c’est un goujat, et elle sera très fière de vous avoir donné ce coup de main par personne interposée. Contente aussi d’échapper à ces petits tracas de femme seule.

Certains copains célibataires sont aussi volontiers bricoleurs. Généralement peu intéressés par les bibliothèques à construire et autres travaux de longue haleine (sauf s’ils sont éperdument amoureux de vous et prêts à le prouver), ils n’oseront pas décliner un SOS éploré. A noter toutefois que les chargés de famille font montre d’un plus grand sens pratique et des responsabilités à l’occasion. Les célibataires n’ont pas franchement découvert les délices du foyer et sont peu intéressés par ce genre de prestations quand ils n’ont pas une idée derrière la tête.

Ne vous sentez donc pas humiliée ni archi-désolée. Vous allez bien observer la manière dont il s’y prendra, afin de pouvoir opérer toute seule, comme une grande, la prochaine fois.

Si vous avez un trou à percer dans le mur, lancez le même SOS-copains. Essayez simplement de cumuler et de profiter de l’immense générosité du monsieur pour lui faire faire l’ensemble des petits travaux en une seule fois. Vous ne pourrez le déranger plus de deux fois dans l’année sans passer pour une empotée ni risquer de subir la risée : « C’est bien de vivre seule, mais il faudrait assumer. On sert quand même à quelque chose, finalement, hein ? » Sourire dehors, s’il vous plaît. Vous ne vous énervez pas, vous gloussez. Vous êtes d’accord sur le fond : vous accueilleriez bien volontiers un monsieur intelligent, amoureux, drôle, sympathique et bricoleur à temps partiel ou complet. Mais, pour l’instant, vous ne l’avez pas encore rencontré. N’oubliez pas que nous ne sommes plus en période de guerre entre les sexes. La paix a été signée. En compensation, vous l’inviterez à dîner un soir où vous n’aurez rien à lui demander, prévoyez pas contre quelques conseils pour ce premier rendez-vous. Et vous lui offrirez une monnaie d’échange : un bon pour recoudre dix boutons ou repasser un nombre.X de chemises s’il est célibataire. Un menu choisi à sa convenance, s’il est marié avec votre amie : le plat qu’ils adorent mais quelle déteste cuisiner. Vous trouverez bien un arrangement !

Le manuel de bricolage

Emplette utile et garantie d’un franc succès si vous le placez en évidence dans votre bibliothèque, sur votre bureau ou sur votre table basse. Les hommes galants s’ébaudiront, et s’enquéreront de vos besoins et difficultés : l’achat du manuel peut fort bien constituer une mesure de prévention. En spéculant sur le truc qui se cassera un jour ou l’autre, vous pouvez répondre que tout va bien pour l’instant et remercier le courtois de sa proposition. Vous venez d’acquérir un SOS-copain garanti pour l’avenir.

Cela étant, pourquoi ne pas potasser l’ouvrage ! L’acquisition d’une encyclopédie pratique est un investissement assez judicieux, qui pourra se rentabiliser à la première occasion. A une condition : se monter, progressivement, une boîte à outils. Un petit marteau par-ci, une paire de tenailles par-là. Quelques clous. Deux ou trois tournevis. Une pince- monseigneur. Faites donc périodiquement une petite virée au rayon bricolage des grandes surfaces, de manière à ne pas être prise de court le jour venu. D’autant que le manuel de bricolage ou l’encyclopédie pourront vous aider à refaire votre maison le jour où vous aurez envie de changer radicalement de décor…

 

Comment entretenir de bonnes relations avec le gardien

Si vous vivez seule, vous avez sûrement choisi d’habiter un grand ensemble, ou en tout cas un immeuble. Dans les résidences et les immeubles, il existe un homme précieux : le gardien. Mari de madame la gardienne ou gardien en titre, ce monsieur vous dépannera volontiers si vous le lui demandez gentiment et si vous savez le remercier. Un brin de causette de temps en temps, une petite attention dans une enveloppe, quelques confidences à peine ébauchées vous auront le concours précieux d’un homme habile et ravi de vous donner un coup de main. N’oubliez jamais que ce monsieur est marié et que c’est aussi par le biais de la complicité et de la solidarité féminines que vous le soustrairez pendant une heure ou deux à ses occupations. Donc, offrez de temps en temps un bouquet de fleurettes à madame son épouse, un petit cadeau à leurs bambins. Mais évitez le cadeau trop personnalisé au monsieur. Mettez sous enveloppe. Dans la catégorie bonnes relations avec le gardien, vous pouvez déposer chez lui discrètement, une ou deux fois par an, une bouteille de liqueur, à laquelle vous joindrez un petit mot : « Cela me ferait plaisir que vous la buviez à ma santé. » L’écrit vaut mieux que la parole si vous préférez ne pas être conviée à venir trinquer…

De toute façon, votre gardien sait pertinemment que vous êtes une femme seule. Il reçoit votre courrier, vous voit passer soir et matin. Il doit devenir une sorte d’éminence grise de l’électroménager cafouilleur. Ne frappez pas à sa porte après 20 heures, sauf réelle urgence, et ne vous adressez pas à lui sur un ton impératif, comme s’il vous devait tous les services. Demandez-lui plutôt de vous expliquer comment vous pourriez revisser le robinet d’eau chaude de votre lavabo ou enrayer la fuite qui vous empêche de dormir. Prenez-le par les sentiments, comme un papa. Logiquement, il devrait sourire avec bonhomie et vous assurer que « vous n’avez pas à vous inquiéter, ma petite dame, je vais vous aider ».

Mais les hommes ne sont pas forcément plus logiques que les dames. Il peut donc refuser : être occupé par ailleurs, ou ne pas être bricoleur.

Avant de faire appel au dépanneur, vous pouvez encore lancer une ultime tentative : le voisin.

 

Comment entretenir de bonnes relations avec son voisin

Un voisin, vous en avez forcément un. Tout le monde a un voisin, même les femmes seules. C’est un monsieur que vous croisez fréquemment et qui serait presque une sorte de mari sans les inconvénients : il habite le même immeuble que vous ou la maison à côté, vous pouvez échanger des politesses et des sourires. Il a un visage familier et, si vous sonnez à sa porte un soir parce que vos volets sont tombés, il ne vous la claquera sans doute pas au nez. Rougissante et confuse, vous exposez votre problème. Et vous lui demandez s’il peut vous aider. Il peut, et il veut bien. Il voudrait bien, mais il ne peut pas. Il ne peut pas, et il ne veut pas. Simple. Il n’a pas à faire d’efforts particuliers, vous non plus. S’il peut, veut et sait, vous êtes sauvée. S’il peut, veut mais ne sait pas, vous regardez votre montre et regrettez d’être obligée de partir (et donc de le mettre à la porte), et vous ne le saluez plus dans l’escalier. S’il ne peut pas et ne veut pas, vous remerciez bien poliment et vous rentrez chez vous. Vous attendez que la porte soit refermée pour l’insulter. Inutile de vous faire un ennemi.

S’il a pu, a voulu, a su, vous allez le remercier. En l’invitant à dîner avec sa femme. Ou, si vous n’avez pas plus envie que ça de copiner, en leur offrant un bouquet de fleurettes ou une bouteille. Ou un cadeau pour le petit. C’est le geste qui compte.

Évidemment, si lui ou sa femme sonnent à 11 heures du soir à votre porte pour vous demander du sel ou un citron, vous évitez de hurler derrière la porte que vous ne pouvez pas ouvrir. Si vous êtes en bigoudis et vieille robe de chambre, vous passez le sel et le citron en vous excusant de ne pas vous montrer. Mais ménagez-les… Les voisins, c’est important.

Le garagiste

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Ce monsieur est précieux et très important pour votre mobilité. Car voiture vous avez. Nous reviendrons ultérieurement sur l’achat du véhicule. Que vous habitiez la capitale ou la province, nous ne pouvons vous déconseiller l’acquisition de cette maison ambulante qui donne une liberté de mouvements et d’horaires fondamentale aussi bien qu’essentielle à toute femme seule. Ne serait-ce que pour ne pas avoir à dépendre de raccompagnateurs ou de chercheurs de taxis chers et méchants.

Une voiture, c’est la liberté. Conduire est facile, d’autant que tout le monde conduit mal. Se faire injurier et traiter de bonne femme par les confrères qui sillonnent les rues et confondent le V de voiture avec celui de virilité est devenu un passe-temps qui ne doit plus vous révolter. Séjourner des heures dans les embouteillages est tout à fait énervant, mais permet aussi de se détendre et de laisser gambader un esprit préoccupé par mille activités contraignantes. Sans trop de culpabilité, tout le monde étant logé à la même enseigne. Bref, en avoir une est un must si l’on tient à être réellement indépendante et libre de ses mouvements.

Mais une voiture, ça s’entretient. Ça se vidange, ça se casse, ça tombe en panne et ça revient cher.

Cher, parce que les garagistes ont l’art de flairer la femme seule et incompétente à laquelle ils pourront expliquer d’un air savant que le joint de culasse devait être changé, que les bougies étaient fortement encrassées, et que les essais sur route facturés une somme astronomique s’imposaient. Que voulez- vous répondre à ça ? Le jargon vous submerge et vous impressionne malgré tout. Il faut reconnaître que le satané hoquet de votre carrosse vous a décontenancée et que la technique applicable aux humains n’a guère agi sur la machine à roues.

Faire « ouah » pour effrayer la bête n’a jamais été une garantie d’efficacité.

Qu’ils vous truandent, c’est normal. C’est leur métier. Vous le savez, pourtant vous y retournez. Pas par masochisme, mais par nécessité. Même si vous avez pris soin, avant d’aller consulter, de demander à un collègue ou un voisin la signification technique du gargouillement infâme qui a paralysé vos chevaux-vapeur et si vous arrivez en affirmant avec aplomb : « Il me semble que l’embrayage est mal réglé, il y en a pour deux minutes, soyez gentil, faites-moi ça rapidement », vous ne réussirez pas à impressionner le technicien. Il sait parfaitement que vous n’y connaissez rien. Sinon, vous ne seriez pas venue le voir.

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Remarque

Les hommes se font souvent rouler de la même façon. Sauf qu’eux ne l’avoueront pas, et que ce n’est pas votre problème. Ils n’aborderont jamais le sujet, préférant noyer le poisson et considérant que ce n’est pas une humiliation. Quand ils en font une affaire personnelle, c’est qu’ils ont des tendances paranos ou bien mauvais caractère.

Les femmes, elles, sont pétrifiées par cette injustice invalidante. A chacun selon ses compétences, voici donc quelques techniques employables.

Re-remarque

Après consultation des collaborateurs d’une grande firme automobile, il apparaît que les révisions rendues obligatoires par l’existence d’un carnet d’entretien ne le sont absolument pas en réalité. « C’est du marketing. » Autrement dit, vidangez soigneusement tous les 15 000 km, vous-même si vous en avez le courage (c’est « facile », paraît-il, et économique), mais ne considérez pas le véhicule comme un grand caractériel à ménager et à amener chez le médecin à intervalles régulier. N’y allez qu’en cas de symptômes rédhibitoires et incompréhensibles. Les factures s’allongent au-delà du raisonnable si vous vous jetez spontanément dans la gueule du loup. Les essais sur route auront permis à votre garagiste de libérer sa tension en allant voir sa mère ou sa maîtresse, et il aura toujours l’aplomb de les justifier par un « J’ai dû en faire des kilomètres, vous n’avez qu’à regarder sur votre compteur » auquel vous ne saurez que répondre car ce n’est pas un argument. Si vous rétorquez « En fin de compte, je vous paye pour aller vous balader », il vous clouera le bec par un « Ne soyez pas agressive » imparable. On ne dialogue pas avec des gens incohérents. Inutile de malmener son portefeuille et sa santé mentale.

Première technique

Faire celle qui s’y connaît pour ne pas se faire rouler. Long et douloureux, mais parfois efficace. Commencez par lire et apprendre par cœur le manuel placé dans la boîte à gants. Ensuite, trouvez-vous un copain collègue ou parent possédant le même véhicule. Dès les premiers ennuis, demandez l’avis autorisé du connaisseur. Pour éviter de l’importuner, décrivez-lui les symptômes en expliquant : « Je ne veux pas te (vous) déranger, mais la mécanique et moi nous sommes fâchés et j’aimerais ton (votre) avis compétent. » Flattez. Admirez sa supériorité. En l’occurrence, elle est tout à fait admirable. Vous trouverez toujours une bonne âme ravie d’être ainsi sollicitée, et prête à vous faire bénéficier de sa science et de son savoir. D’autant que vous ne lui demandez pas une contribution pratique. Tout le monde adore abreuver les femmes seules de conseils en tout genre. Conseil : notez religieusement sur un petit papier toutes les explications de votre consultant. Essayez de comprendre si cela vous paraît indispensable pour le présent et utile pour l’avenir, mais il y a fort à parier que vous décrocherez assez rapidement.

Quatre ou cinq phrases suffisent. Vous poussez fermement la porte de l’adversaire (le garagiste) et vous lui assénez le texte que vous aurez appris, par cœur, au préalable. Vous avez à la main carte grise et clés ; vous expliquez que vous êtes pressée et vous tournez les talons sans plus attendre.

Quand vous reviendrez, vous pourrez vous étrangler à loisir devant la facture ; demander les pièces soi-disant remplacées ; faire un scandale. Ça vous défoulera. Ça ne servira à rien, mais au moins, vous aurez essayé,

Deuxième technique

Séduire pour ne pas se faire rouler. Vous prenez des conseils de séduction sur un site de rencontre en ligne ou vous pouvez expliquer au gentil garagiste qui vous reçoit, tout souriant derrière sa blouse et son bureau, que vous avez actuellement des difficultés financières et que, si la note est trop salée, vous ne pourrez pas la payer. Que, malheureusement, vous avez besoin de votre voiture pour votre travail, mais que les temps sont durs et qu’il doit absolument éviter de vous assommer. Vous n’interprétez pas son sourire et son amabilité. Non, il n’est pas carnassier. Non, il ne se fiche pas de vous parce que vous êtes une bonne femme. Il est tout à fait sensible à vos arguments et à votre charme. Il se sent très chevalier servant. Il ne vous roulera pas, il se rattrapera sur les autres. Vous êtes fragile et démunie, vous venez le voir pour qu’il vous sauve la vie. Il est tellement peu habitué à cette gentillesse et à cette simplicité qu’il fond. « Bien sûr, ma petite dame, on va vous arranger ça, ne vous inquiétez pas. » Vous le remerciez abondamment. Vous débordez de reconnaissance. Vous êtes livrée pieds et roues liés. Avec un peu de chance, il vous épargnera les essais sur route et la curieuse métamorphose des dix minutes de main-d’œuvre en trois heures. Il ne vous offrira pas la gratuité de ses services (ou alors, c’est que vous êtes allée un tout petit peu trop loin dans l’offensive de charme), mais il vous les facturera honnêtement. Ce qui vous fera réaliser des économies dont vous n’avez aucune idée. Séduire, cela peut-être aussi fait rire, si le rôle de la femme effarouchée et perdue vous hérisse trop. Arrivez en lui disant : « Monsieur, je vous entretiendrais bien volontiers si j’en avais les moyens, mais malheureusement je ne les ai pas. » Racontez-lui qu’un méchant collègue vous a truandée, ça ne l’étonnera pas, et que sa tête à lui, sympathique, vous inspire nettement plus confiance. Vous êtes venue chez lui parce qu’on vous a vanté sa compétence et son honnêteté. Vous lui enverrez d’ailleurs toutes vos amies. Vous avez enfin trouvé le garagiste idéal et vous allez lui faire une publicité infernale. Tous ces arguments sont à déployer avant le début des travaux. Après ce sera trop tard, et il sera consterné pour vous. Il se souviendra peut-être la prochaine fois de votre charme mais vous aurez complètement loupé votre coup immédiat. Cette stratégie comporte par ailleurs un certain nombre de bénéfices secondaires, que l’on pourrait répertorier dans la rubrique « la séduction tous azimuts ». Sourire et accueil valorisants, narcissisants.

Troisième technique

Faire l’idiote. Ou comment jouer la séduction selon les recettes éculées mais qui marchent toujours. « Je ne sais pas ce qu’elle a, elle fait des bruits bizarres. » « Elle n’arrête pas de caler, je n’y comprends rien. Pourtant je tourne la clé. » « Dites, il faut lui donner à boire ? Je n’y ai jamais mis une goutte d’eau. On ne m’en avait pas parlé quand je l’ai achetée. Je croyais qu’elle se nourrissait d’huile et d’essence. » « Je n’y connais rien, je n’y comprends rien. Vous allez m’aider ? » Maquillez-vous soigneusement pour la circonstance. Ouvrez bien grand vos yeux adorables et candides. Le cas échéant, venez en renfort avec une collègue, une amie naturellement idiote ou prête à vous donner la réplique en jouant la complicité exaspérée avec le garagiste. Vous savez, la râleuse de service que personne n’aurait envie de secourir et à côté de laquelle vous faites figure d’adorable petite chose stupide. Evitez le renfort masculin quand il est ignare. Et même quand il est connaisseur. Ou alors ènvoyez-le tout seul, mais il n’est pas évident que cela modérera les ardeurs réparatrices de l’homme qui triture le tiroir-caisse après le moteur.

Vous êtes bête : on ne peut pas tout savoir, et vous êtes démunie devant les réalités matérialistes de la vie ; tout cela vous échappe. Vous n’auriez pas envie de voler au secours d’un homme qui arriverait désemparé avec sa chemise et son bouton en vous implorant de lui sauver la vie avant une réunion importante ? Vous n’avez jamais opéré ce genre de sauvetage facile ? Jamais retiré un sentiment de puissance et de supériorité devant un être qui baisse les armes devant votre savoir ? Pour une fois que vous avez l’occasion de montrer votre vulnérabilité, pourquoi vous en priver ?

Oui, vous êtes idiote. Mais c’est bien reposant une fois de temps en temps. Et si ça vous fait gagner quelques centaines de francs, avouez que ce n’est pas déplaisant !

Quatrième technique

Invoquer le mari qui viendra chercher la voiture. Vous arrivez en jouant comme vous le sentez : séductrice ou idiote. Et vous annoncez : « Mon mari passera la récupérer. A quelle heure sera-t-elle prête ? » N’oubliez pas d’arborer l’alliance que vous trimbalez au fond de votre sac pour toutes les circonstances où elle peut faire office d’amulette. Un anneau de rideau fera mieux l’affaire que les faux diamants rigolos que l’œil de votre garagiste pourrait confondre avec des vrais. Inutile de perdre votre temps à expliquer que votre mari aurait très bien pu la réparer mais que, malheureusement il n’a pas le temps en ce moment. Vous en feriez trop. Ce qui compte, c’est de vous présenter comme une dame qu’on ne doit pas rouler parce qu’elle a un soutien logistique dont la compétence et la hargne, de même que les pouvoirs, sont rendus indécelables par son absence Choisissez donc un garagiste pas trop proche de votre domicile car à force de vous voir passer seule au volant, il finirait par se douter que votre redoutable époux n’est qu’un fantôme. Pour donner plus de corps à ce mari qu’il ne verra jamais, coincez un bout de cigare dans le cendrier, ou empruntez une vieille paire de bottes en plastique ou de tennis éculées taille 52 fillette que vous poserez délicatement par terre, sur le tapis de sol.

Utilisez tous les accessoires que vous pourrez trouver : pipes et casquettes, etc. Et évitez les porte-clés marrants en forme de palme géante ou de cœur qui font dame quand même – ou alors offrez-vous le luxe d’afficher votre photo où figure à vos côtés un faux mari aimant.