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Travaux pratiques

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Pratiques, les femmes le sont. Cuisiner, recoudre un bouton, établir et respecter un emploi du temps draconien : nous sommes parées pour le quotidien. En principe. Car tout ce qui relève de l’artillerie lourde nous intéresse rarement, et si certaines réussissent à apprendre à planter un clou ou repeindre une cuisine, rares sont celles qui savent diagnostiquer le pourquoi du « tic tic tic » dans le moteur, qui placent spontanément bien leurs maigres économies, qui reconnaissent infailliblement la meilleure chaîne hi-fi, qui comprennent intégralement le libellé de tous les modes d’emploi et autres brochures gracieusement mises à la disposition des populations masculines et féminines. Sexisme ? Non. Désintérêt pour la bidouille, tout simplement. Incompréhension à l’égard des tenailles, plombs et autres instruments pas plus esthétiques que romantiques qui exercent sur eux un pouvoir de fascination étonnant. « Eux » — pas tous, évidemment. Mais il faut bien avouer que, spontanément, nous leur laissons volontiers ces plaisirs que nous ne comprenons pas très bien. A chacun selon ses aptitudes et ses désirs. Nous avons plus tendance à aimer farfouiller dans les sentiments. Eux trouvent leur gratification et leur valorisation dans le fait de relever le défi des objets inanimés et les déraillements de la mécanique qui fait rouler la vie.

Changer une ampoule et ouvrir un plan épargne-logement, faire le plein de courses pour le soutien logistique d’une maison : on aime ou on n’aime pas, mais en principe on sait le faire. En revanche,

choisir une voiture sur autre chose que des considérations esthétiques, .raboter un mur ou construire une bibliothèque ne nous fait pas palpiter. Nous leur abandonnons volontiers ces talents et ces prérogatives. On peut aimer bricoler et s’en tirer fort bien, on peut aussi tirer parti de la complémentarité et les laisser faire ce qu’ils savent taire.

Que le monsieur soit bricoleur ou pas, peu importe. Quand on en a un à demeure, et même si ses doigts sont en laine, il a en général des copains qui lui donnent volontiers un coup de main ou résistent mal à vos appels au secours.

amour

Alors, quand on est une dame seule, on fait quoi ? On ne peut pas survivre éternellement au milieu d’ampoules qui pendent au bout d’un fil, abandonner une épave récalcitrante au milieu d’une route de campagne ni intimer à une cuisinière qui a décidé de protester contre l’usage abusif que vous faites d’elle l’ordre de se remettre à fonctionner illico presto. Quand votre machine à laver choisit de fuir lâchement et de se répandre sur le sol de votre cuisine, comment faites-vous ? Eh bien vous appelez des professionnels, dont vous payez les services. Alors que vous pourriez fort bien gratifier un monsieur connu de vos remerciements (quitte à l’inviter à déjeuner), et réaliser de substantielles économies. Racoler pour un déménagement, au lieu de voir partir trois mois de salaire droit dans les biceps de parfaits inconnus qui vous casseront au passage la lampe chérie, dénichée après des mois de recherches aux puces. Parce que les objets chéris ne sont pour eux que des saloperies à transporter pour gagner leur vie…

Aveu de faiblesse ? Mais oui, parfaitement. A quoi sert de se mutiler les doigts, de se couvrir de graisse, de se désespérer des heures d’affilée devant des feuilles d’impôt idiotes, douloureuses et incompréhensibles ? On peut évidemment assimiler autonomie et autarcie, avoir compris que l’on n’est jamais si bien servie que par soi-même, estimer déchoir en avouant une incapacité chronique à assumer les obligations concrètes et mécaniques de la vie. C’est une attitude totalement louable. Il suffit de se plonger dans la lecture de traités multiples et divers, de suivre des stages, de s’abonner à des revues techniques et d’observer son beau-frère ou son voisin chaque fois qu’ils plongent voluptueusement la tête sous un capot de voiture. Réclamez des explications : ils vous les dispenseront, avec plaisir au début, exaspération sans doute vers la fin. Se faire une culture technique n’est pas inintéressant, d’autant que c’est une des rares à être rentable.

Mais si cette volonté n’est pas la vôtre, si vous préférez que les objets fonctionnent sans comprendre le pourquoi du comment, si vous avez renoncé à être Dieu et à savoir tout faire, vous aurez à affronter, tôt ou tard, certains grippages que des messieurs vous aideront à résoudre. Ces messieurs sont généralement le garagiste, la cohorte des intendants d’une maisonnée : électricien, plombier et réparateurs divers, percepteur, vendeurs d’électro-ménager, banquier et propriétaire.

Reste, dans la liste des travaux pratiques, ceux qui dépendent de la logistique de survie : les courses pour lesquelles nous pouvons donner toutes sortes de conseils pratiques et salvateurs.